Vendredi 25 juin 2010 5 25 /06 /Juin /2010 17:18

Le Bassin d'Arcachon, un écosystème en danger

Les activités humaines mettraient en péril la fantastique diversité naturelle du Bassin.

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L'urbanisation et la pression touristique ont-elles eu raison de ce fantastique équilibre naturel ? 

 

Alerte ! Le bassin d'Arcachon est en danger. C'est un livre rare qui nous le dit, un livre d'images savant qui pose un diagnostic sévère sur un milieu naturel menacé. Il pourrait provoquer un déclic chez tous les usagers du Bassin, décideurs politiques en tête, pour sauver ce qui peut l'être encore.

Posons-nous au bord du Bassin à marée basse. Le vert l'emporte sur le bleu. Sous nos yeux s'étale le plus grand herbier du monde. Un véritable jardin aquatique qui nourrit les oiseaux migrateurs qui viennent hiverner et sert de niche aux coquillages et crustacés. Cette faune est un indicateur de la qualité des eaux du Bassin. Elle donne la première alerte d'une dégradation inquiétante. Au début, on n'y a pas prêté attention : quand l'huître plate, l'espèce originelle du Bassin a disparu. Comme l'hippocampe que l'on vernissait quand on était enfant. Puis, les sardines et les mulets ont préféré éviter le Bassin. Aujourd'hui, on se demande s'il y aura encore des huîtres dans cinq ans. C'est le tocsin. L'ostréiculture fait partie de l'identité du Bassin, elle lui donne son cachet, outre une activité économique de 35 millions d'euros.

 Dans la stupeur et l'affolement, on fait appel aux scientifiques. Certains lèvent timidement le doigt et ressortent les études qui annonçaient la catastrophe. On n'a pas voulu voir. La dégradation des eaux du Bassin a plusieurs sources indiquent les géographes qui ont écrit ce livre.

Nombreuses plages vaseuses

La plus modeste et la plus maîtrisable vient de l'eau douce. Le bassin d'Arcachon fonctionne comme un réceptacle. Il recueille l'eau douce amenée au nord par le canal des étangs médocains qui relie les lacs de Lacanau et Hourtin. Un drainage de 1 000 kilomètres carrés relativement propre.

Plus inquiétante, l'eau douce de la Leyre, ce petit fleuve landais de 145 km qui déverse au sud-est, près de Biganos tous les phosphates de la maïsiculture et des porcheries industrielles. Un formidable engrais pour les mauvaises herbes. Ainsi, depuis vingt ans, on assiste impuissants à l'invasion d'une nouvelle espèce de spartines, une plante graminée qui peut, à elle seule, modifier l'hydraulique du Bassin. À Arès, on a tenté de l'arracher à la main. Peine perdue, l'herbier traditionnel a reculé d'un kilomètre au profit de cette plante. Elle a déjà colonisé 3 500 hectares de prés salés. D'ici 40 ans, elle pourrait envahir la totalité des vasières disent les scientifiques. Or, cette prairie malvenue n'est pas seulement désagréable pour la baignade. Comme elle freine les courants de marée qui ne peuvent plus évacuer les sédiments, elle accélère le comblement du fond du Bassin. Audenge, La Teste, Arès auront de plus en plus de plages vaseuses, l'eau sera de plus en plus loin. Déjà, le manque d'eau a conduit les communes d'Arès et de Lanton à construire des bassins de baignade alimentés en eau de mer par pompage. Un comble pour un bord de mer ! Le Bassin rétrécit à l'est, comme s'il se défendait de son principal ennemi : l'homme moderne et ses excès.

L'urbanisation et la pression touristique ont eu raison du fragile équilibre créé au fil des siècles entre l'homme et ce site exceptionnel. Tout s'est accéléré dans les dernières années : la moitié des résidences secondaires qui ont poussé le long des 80 kilomètres de rivage ont moins de trente ans. En 1841, quand arrive le chemin de fer sur le Bassin, Arcachon ne compte que huit maisons et quelques cabanes de résiniers.

« Banlieue balnéaire »

À peine 20 000 habitants sur le pourtour. 110 000, aujourd'hui dans les dix communes qui bordent le Bassin. Et quand arrive l'été, la « banlieue balnéaire de Bordeaux » est pleine à craquer. Le choix de la maison individuelle a supprimé tout espace libre et sur l'eau, de véritables petites villes flottantes s'installent. 12 000 bateaux de plaisance rejettent hydrocarbures et eaux usées directement dans le Bassin. La qualité des eaux étant liée à la pression démographique, c'est un volume croissant d'effluents traités par les stations d'épuration qui est rejeté dans l'océan à La Salie. Depuis que ce terminal, jugé trop coûteux dès le départ, existe, on se demande si les effluents ne sont pas refoulés par les courants à l'intérieur du Bassin. Des études sont en cours. Pourquoi n'ont-elles pas vu le jour plus tôt ?

Ce livre qui photographie le Bassin sous tous les angles, humain, historique, environnemental met en évidence la politique de l'autruche qui prévaut sur le Bassin depuis les dernières décennies. Tout le monde sait que les voyants rouges clignotent. Les maires, les conseillers généraux, la DDE, la région. Mais peut-on revenir sur des PLU laxistes alimentés par la spéculation immobilière, sur le nombre de bateaux quand on connaît le prix de l'anneau sur le Bassin ? Jusqu'ici, l'appât du gain l'a emporté. Tout le monde sait que le tourisme est la poule aux œufs d'or de cette région. Mais sur le Bassin, la poule est en train d'écraser son œuf. Maryse Mano in SUD-OUEST

"Le Bassin d'Arcachon, un milieu naturel menacé ?". Aux éditions Confluences. Sous la direction de : Teddy Auly et Jesus Veiga. Prix : 20 euros

 

À lire aussi:link http://www.sudouest.fr/2010/06/22/les-mille-et-une-vies-de-l-huitre-122922-736.php

                      link  http://www.sudouest.fr/2010/06/22/une-prise-de-conscience-en-marche-123111-736.php


Vision infernale du Ferret

Le livre du journaliste girondin Éric de Saint-Angel raconte comment la presqu'île sera transformée et détruite par la pression immobilière. Dans le livre « Le Roi du Cap-Ferret », le Cap-Ferret n'est plus qu'un paradis perdu. 

 Bélisaire Dans ce livre, le Cap-Ferret est totalement mondialisé et livré aux plus riches depuis que l'aéroport de Mérignac a multiplié les liaisons avec l'Asie, l'Inde et le Golfe Persique.

Pendant que la population locale est marginalisée, la caste des nantis colonise la Presqu'Île.

  Une campagne de promotion au niveau mondial avait fait du Cap-Ferret une marque ombrelle, recouvrant une gamme de produits allant des parfums de luxe à la maroquinerie en passant par la vidéo. 
  Télés et climat tropical !

Et le résultat n'est pas joli joli : « à la terrasse du Shangri Loft, dernier avatar du légendaire Chacouette, un ancien ministre d'Ouzbékistan et un baron de la drogue colombien accompagné en permanence de son jaguar apprivoisé, disputaient une partie de backgammon.

Au Testut Lounge, il reconnut le décorateur de la villa palladienne, coiffé d'un turban de soie jade piqué d'une aigrette. Au Yum Yum, des nuées d'actrices débutantes en tenue ethnique, résinière, danseuse de fandango, arboraient un sourire inaltérable au cas où un téléobjectif de presse serait à l'affût. » Un cirque quoi… Même la chanteuse Beyoncé y habite !

Au-delà de la promotion médiatique planétaire, le réchauffement climatique a porté ses fruits au Ferret : « Le climat devenait insensiblement tropical, des espèces nouvelles sédentarisaient dans le Bassin. Le bruit courait que la Guilde des Bateliers allait se doter de vedettes à plancher de verre pour que les touristes puissent admirer ces poissons merveilleux. » Les poissonneries vendent « de la dorade coryphène, de l'espadon voilier, du vivaneau bourgeois - depuis que des tortues lyres s'échouaient sur les plages, plus rien n'étonnait. Les prix s'alignaient sur ceux des grandes capitales. » Hou que ce Ferret du futur constellé de caméras de télé, de stars et de PDG fait rêver Éric de Saint-Angel ! L'auteur parsème son livre de digressions sur ce que furent la Presqu'Île et le bonheur qu'il y avait à y vivre, du temps où les hélicos et les yachts polluaient d'autres Gold Coast : « Dès le lendemain, le plan d'eau se transformerait en un immense jacuzzi, serait baratté par des milliers d'hélices. Dire que tout cela avait commencé avec une modestie virginale, en un temps où cette côte attirait des gens aux goûts simples, ou du moins qui pouvaient s'en offrir l'illusion. »

  Le Cap, un Dubaï atlantique ?

Mais désormais, sur ce Dubaï atlantique, les locaux « faisaient partie des couches de la population les plus humbles. Tout avait été remis en cause par l'ouverture au monde avec une rapidité inhumaine. L'éden qui resplendissait dans les magazines de décoration n'avait que faire d'eux. S'ils ne voulaient pas être traqués comme des SDF, les gens comme Marco et lui allaient être contraints de mener une vie larvaire dans les renfoncements du pays. Comment s'appelaient donc ces insectes qui se déguisent en brindille ou en feuille pour échapper à leurs prédateurs ? » Comprenez-vous où Éric de Saint-Angel veut en venir ?

  Un acte terrorriste

L'auteur a bâti une intrigue (dont nous ne vous dirons rien sauf qu'elle est ponctuée par un effroyable et salutaire acte terroriste) qui lui permet de balader son lecteur dans cette presqu'île devenue celle des très riches. On y retrouve quelques personnages et quelques lieux, notamment un bar nommé Chez Armance, qui ressemble un peu beaucoup au bar Chez Hortense que l'on connaît tous. Et puis une figure tutélaire de la Pointe qui fait vite penser à Benoît Bartherotte : « Le premier, personnage d'allure gandhienne dont la villa surplombait le chenal, semblait voué à lutter contre l'érosion marine comme Sisyphe à rouler son rocher. Condamné à un supplice sans fin, il consacrait le plus clair de son temps à bétonner de la ferraille et des moellons. »  Bonne lecture !

   (1) « Le Roi du Cap-Ferret », publié chez Vents salés, 174 pages, 18 euros.  


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