Économie 25/02/2010 à 14h47 (mise à jour à 15h33)
8 millions de personnes pauvres en France... et ce n’est pas fini
Hausse du chômage, situation aggravée pour les plus pauvres... Un tableau noir dressé par l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion, dans son rapport sur ses dix ans d'activité,
publié ce jeudi.
La France compte plus de 8 millions de personnes pauvres, le même nombre qu'il y a dix ans. Avec une différence : la situation des plus vulnérables s'est «dégradée» et risque de s'aggraver avec la crise. C'est le constat fait par l'Observatoire
national de la pauvreté et de l'exclusion sociale (ONPES) dans son dernier rapport. Le document a été rendu public jeudi, jour du dixième anniversaire de l'ONPES, en présence du secrétaire
d'Etat chargé du Logement Benoist Apparu et de Martin Hirsch, Haut commissaire aux Solidarités actives.
Dans cette sixième édition, outre un bilan des travaux de l'ONPES depuis dix ans, le rapport s'attarde en particulier sur une étude sobrement intitulée Impact de la crise sur la
pauvreté. Ses auteurs, des membres de l'Observatoire français des conjonctures économiques, estiment que la montée
«brutale» du chômage en 2008, suite à la crise économique et financière, n'est «que le début de
l'ajustement du marché du travail et va se poursuivre dans les années qui viennent.» «Nous entrons actuellement dans
une phase de chômage durablement élevée», avec des «conséquences considérables en termes sociaux»
ajoutent-ils.
1,8 million de Français vivent avec moins de 602 euros par mois
L'étude précise que le taux de personnes vivant en-dessous du seuil de pauvreté (moins de 60% du revenu médian, soit 908 euros par mois) n'a guère évolué, passant de 13,6% à
13,4% de la population entre 1998 et 2007, ce qui représente plus de huit millions de personnes en 2007.
La proportion de la population subsistant avec 40% du revenu médian (soit 602 euros) a, quant à elle, augmenté de 2,1% en 2002 à 3,1% en 2007. Ils
étaient 1,8 million dans ce cas il y a trois ans.
«Parmi les personnes pauvres, la situation des plus pauvres s'est donc sensiblement dégradée», s'alarme l'ONPES dans
son compte-rendu, publié au 10e anniversaire de cet organisme. Avec un facteur aggravant souligné par Agnès de Fleurieu, présidente de l'ONPES : «La dégradation du marché du travail, en touchant les personnes qui étaient déjà les plus vulnérables, engendre un risque d'irréversibilité du chômage
et de la pauvreté». Alors que le secrétaire d'Etat à l'Emploi, Laurent Wauquiez, a annoncé ce matin que l'Etat et l'Assurance chômage allaient débloquer des fonds pour les
chômeurs en fin de droits, le rapport constate effectivement que le «taux d'ancienneté du chômage» est plus important en 2010
qu'il y a 3 ans, aggravant le niveau de pauvreté moyen des chômeurs.
«Un million de chômeurs vont se retrouver en fin de droits en 2010», a-t-elle rappelé. Si les statistiques
disponibles sur la pauvreté ne donnent pas encore de données précises sur les effets de la crise, l'ONPES note que les associations
sont «particulièrement préoccupées par l'augmentation des demandes d'aide alimentaire et financière enregistrée depuis l'automne
2008». Un «système de veille sociale» mis en place en 2009 pour faire remonter les impressions des «acteurs de
terrain» a également déjà fait apparaître un recours plus importants des
jeunes et des personnes âgées aux aides sociales.
Pauvres avec emploi
Phénomène déjà souligné dans le précédent rapport il y a deux ans, la pauvreté touche également les personnes employées. Les travailleurs pauvres
étaient 1,9 million en 2007, soit 6,7% des salariés. En 2005, ils étaient déjà 1,7 millions (7% des travailleurs).
«On doit avoir moins de travailleurs pauvres, malgré la crise», a plaidé Martin Hirsch. Il a également averti que la prochaine réforme des retraites devra veiller à ce
que «travailler plus longtemps soit compatible avec le
fait de ne pas pénaliser et ne pas faire renaître la pauvreté chez celles et ceux pour lesquels le parcours de travail a été chaotique».
Enfin, «phénomène
nouveau», l'ONPES
s'inquiète d'une «désespérance accrue des personnes pauvres» qui se traduit par des états «dépressifs» et des attitudes de ressentiment. D'autant plus préoccupant, note le rapport, qu'on «peut y voir moins l'effet de la crise que l'expression d'un processus long de fragmentation la société
française». (Source: Libération.fr)
Rappel:
PARIS (Reuters) - Nicolas Sarkozy a confirmé son objectif de réduction d'un tiers de la pauvreté en cinq ans en France et confié au Haut commissaire aux Solidarités actives, Martin Hirsch, le
soin de veiller à sa réalisation.
"Il est inadmissible que sept millions de personnes vivent en France sous le seuil de pauvreté" et "qu'un ménage français sur huit vive avec un revenu insuffisant", a dit le président de la
République dans un discours au Conseil économique et social, à l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère.
"J'ai (...) fixé au gouvernement l'objectif de réduire d'au moins un tiers en cinq ans la pauvreté dans notre pays", a-t-il poursuivi. "J'ai voulu nous mettre dos au mur pour rendre des
comptes aux Français."
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