Catharsis...
Publié le 29 Mai 2014
Passé le choc émotionnel ressenti après le vote du 25 mai par les vrais démocrates instruits de l'Histoire de notre pays, essayons d'explorer quelques pistes pour tenter d'en expliquer les causes et les conséquences.
La première raison avancée généralement pour expliquer le score du Front national qui culmine parfois à 33% (Nord-Est) est celle de la désespérance sociale engendrée par le chômage et la précarité.
Ces situations ont été décrites de l'intérieur par des témoignages comme celui de Florence Aubenas (Le quai de Ouistreham ou La banlieue quand elle ne brûle pas) ou par la remarquable série d'articles du journal Le Monde: Notre année en France, avant l'élection présidentielle. On pouvait y déceler la lassitude morale et physique de ceux qui luttent pour leur survie économique et n'ont d'autre horizon que d'éviter le spectre de la misère après avoir connu le déclassement et la pauvreté. Mais aussi les initiatives de quelques-uns pour accompagner cette souffrance et y remédier par des aides psychologiques, sociales ou éducatives de terrain.
On ne peut en vouloir à une population victime du grand chambardement industriel mondialisé de prêter l'oreille à un discours simpliste prenant pour cible l'Europe et ses dirigeants voués aux gémonies. On y retrouve, par identification, des salariés modestes imperméables aux justifications macro-économiques mises en avant par les "experts" de la dette, du déficit et de la compétitivité. Conscients d'être en première ligne dans la bataille économique, ils redoutent d'être les prochains sacrifiés de la globalisation des marchés mondiaux. La tentation du repli sur soi hexagonal, voire régionaliste, y est forte.
La deuxième raison, conséquente de la première, serait un rejet de la classe politique au pouvoir depuis trente ans. Soit pour incompétence, soit pour malhonnêteté. Le fameux amalgame UMPS, fer de lance du FN rêvant d'y piquer quelques têtes jugées "antipatriotiques", comme au temps de la Terreur. L'argument s'appuie sur les turpitudes de certains politiques, inacceptables au demeurant, mais débouche rapidement sur le sentiment du "tous pourris". Cette généralisation hâtive excluant, bien sûr, ceux qui se présentent "tête haute et mains propres", pour seul viatique. Ce que les faits démentent parfois si l'on prend la peine d'avoir à en connaître.
Cette présomption de culpabilité générale rencontre, malheureusement, l'assentiment de certains électeurs réceptifs aux postulats binaires, confortant leur paresse intellectuelle et leur désinvolture, et qui se satisfont d'évacuer la complexité et la pluralité des situations. On pourrait dire: "Les idées simples suffisent aux esprits simples". En d'autres temps, ce positionnement s'incarnait dans le poujadisme qui vit la première élection à la députation de JM Le Pen, ex-leader activiste d'un syndicat étudiant ultra-droitier..
La troisième raison, la plus grave, tient à la diffusion du sentiment d'insécurité et à la chasse au bouc émissaire. Ce réflexe archaïque est un des fondements du populisme tel que le définit Pierre Ronsanvallon: "Le populisme pense que ce qui fait la cohésion d’une société, c’est son identité et non pas la qualité interne des rapports sociaux. Une identité qui est toujours définie négativement. À partir d’une stigmatisation de ceux qu’il faut rejeter : les immigrés, ou ceux qui ont d’autres religions (d’où la centralité de la question de l’Islam aujourd’hui, par exemple).
Le populisme est à la fois le symptôme d’une détresse réelle et l’expression d’une illusion. Il naît sur le terrain d’une crise. Il ne fait pas qu’exprimer un mal intrinsèque. Il est le point de rencontre entre un désenchantement politique, tenant à la mal-représentation, aux dysfonctionnements du régime démocratique, ainsi qu’au point de jonction de ce désenchantement avec un désarroi social, liée à la non-résolution de la question sociale aujourd’hui, avec le double sentiment d’impuissance, d’absence d’alternatives et d’opacité du monde qui en découle.
Nul ne peut prétendre combattre ou stopper le populisme en se contentant de défendre l’état existant des choses, en se contentant de défendre la démocratie telle qu’elle existe aujourd’hui. Pour critiquer le populisme, il est ainsi nécessaire d’avoir un projet de réinvention et de reconstruction de la démocratie."
C'est le devoir de tous les démocrates sincères d'y réfléchir et d'agir pour éviter que l'obscurantisme et la régression gagnent des esprits indifférents ou résignés au pire.
Avant qu'il ne soit trop tard. MB
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