Mr. Plus..
Publié le 9 Décembre 2014
Il était un petit homme, "Pirouette, cacahuète !", qui avait une drôle de passion. Plutôt contrefait à cause d'une lordose lombaire qui l'obligeait à se tenir courbé et affublé d'une voie fluette et doucereuse, il ne pouvait compter sur ses attributs pour s'imposer aux autres, ce qui ne manquait pas d'influer sur sa nature.
Il en avait conçu une part d'amertume mais, fort heureusement, la destinée l'avait fait naître dans une famille très aisée, dévouée au capital et un peu au travail qui l'alimente. Il avait hérité de son père, outre le sens du bagout, une belle entreprise qui faisait commerce de l'élevage et de la reproduction des puces, électroniques, car il s'agit d'une histoire contemporaine.
Non content de cette sinécure, il s'était piqué de succéder, un jour, aux fonctions que son père exerçait à la tête de sa corporation, à savoir le syndicat des patrons du beau pays de France. Il y était arrivé à la maturité se faisant élire par ses pairs en lieu et place de la fée Clochette, jugée libérale mais trop acoquinée aux syndicats des ouvriers. Donc trop sociale, un mot qu'il vouait aux gémonies, surtout lorsqu'on lui adjoignait le suffixe iste.
Déjà son père, au temps du vieux roi François le Morvandiau, s'était fait remarquer par son intransigeance et ses exigences démesurées assorties de promesses intenables. Ainsi, avait-il, durant des années, réclamé la possibilité de congédier les ouvriers, comme les domestiques au temps de la comtesse de Ségur. En échange de quoi, disait-il, il créerait 500 000 emplois. Il avait fini par obtenir en partie satisfaction d'un gouvernement complaisant mais la contrepartie était tombée aux oubliettes. Pire, le chômage n'avait cessé de grimper.
Trente ans après, le fils avait retenu la leçon et ne se privait pas d'adopter la même stratégie en pratiquant la surenchère. Le nombre des sans-emplois ayant plus que doublé, il en prenait prétexte pour réclamer à cor et à cri la fin des règles régissant le marché du travail et protégeant les travailleurs. Bref, son rêve inavoué était de revenir au travail à la tâche comme nos arrières grands-parents l'avaient connu. Poussé en cela par une cohorte de chefs d'entreprises. Entreprises qu'ils avaient, le plus souvent comme lui, trouvé dans leur berceau. Spécialité française comme le calisson d'Aix, le nougat de Montélimar ou les tripes à la mode de Caen.
Il avait cru avoir l'opportunité d'atteindre son but en soutenant, en 2012, la candidature d'un autre petit homme qui lui avait promis monts et merveilles, s'il était réélu à la présidence de la République. Las ! Lassés de ses incartades et de son agitation, les Français avaient choisi son concurrent qui, justement, avait déclaré effrontément être "l'ennemi de la finance". Tenté un moment par l'expatriation, comme certains de ses confrères, notre chef de la ligue des entrepreneurs (?) avait décidé de faire front et de s'opposer, par tous les moyens, au nouveau pouvoir afin de le faire échouer dans ses tentatives de moralisation et de réformes.
Ainsi, après deux années confuses, lorsque le gouvernement proposa un assouplissement des règles du travail et surtout une grosse baisse des charges y afférant, en échange de l'engagement de créer des emplois salariés, notre compère fit mine d'accepter illico presto. Il alla même jusqu'à promettre un million d'emplois salariés si l'on suivait ses recommandations. Gage de sa "bonne foi", il en arborait l'insigne au revers de sa veste.
Or, durant les mois suivants, il n'eut de cesse que d'exiger de plus en plus de conditions extravagantes pour éluder sa part des engagements pris et éviter de tenir parole en contrepartie de la manne financière reçue. Chaque semaine, il intervenait pour réclamer des mesures qu'il savait inacceptables. Par là, n'en doutons pas, il exerce une pression dont le seul but est de conduire cette initiative à l'échec. En attendant le retour éventuel aux affaires de ses amis politiques.
On l'aura compris, le caractère madré et plaintif de ses revendications cache une démarche qui s'apparente à celle du Mr.Plus d'une ancienne publicité pour un fabriquant de biscuits et pains d'épices qui se poussait du coude pour enrichir la pâte du Gattaz gâteau. Ni vu, ni connu, je t'embrouille !
Sauf que, dans ce cas, les pépites iront dans une seule poche et devinez qui sera chocolat ?.. MB
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