Auto-suffisance..

Publié le 30 Mars 2016

Auto-suffisance..

Dans la série: Que les gros salaires lèvent le doigt !, on vient d'apprendre que Mr Carlos Tavarès, Président de PSA Peugeot-Citroën vient de se voir consentir par son conseil d'administration le doublement de son salaire pour l'année 2015 qui atteindra 5,24 millions. Une paille !..

En quel honneur, s'il vous plait ? Pour le remercier d'avoir redressé les comptes de son groupe qui est redevenu bénéficiaire alors qu'il était dans le rouge en 2014 avant son arrivée à sa tête. D'accord mais à quel prix ? Grâce à un plan nommé "Back in the race" (De retour dans la course !..) qui a induit la suppression de 17000 postes no​n remplacés et les salariés restants mis au pain sec et à l'eau pendant deux ans. Quant à eux, au bilan final, leurs efforts de productivité n'ont été récompensés que par une augmentation de huit Euros par mois plus une prime d'intéressement annuelle de 1300 Euros. De qui se moque-t-on ?..

Faut-il rappeler que Peugeot-PSA doit essentiellement sa survie grâce à l'entrée de l'Etat à son capital pour 15% tout comme le chinois Dongfeng apportant à eux deux un milliard d'Euros en 2014 pour le sauvetage de la marque, après le désengagement de General Motors ? Les nouveaux actionnaires bénéficiant d'une ristourne sur l'achat du titre à 7,5 € alors qu'il cotait 13 €. Dans le même temps, l'ex-PDG Philippe Varin responsable de la déconfiture des comptes en berne, se voyait attribuer une retraite-chapeau de 21 millions qui avait fait grand bruit à l'époque. Prends l'oseille et tire toi !

Cet état de fait a provoqué pas mal de réactions indignées, avec raison. Beaucoup soulignent l'indécence du salaire hypertrophié du PDG et la disproportion avec celui des salariés qui ont fourni le plus gros des sacrifices. Et sans que l'Etat-actionnaire, bien qu'ayant voté contre, n'en puisse mais. Pouvait-on empêcher une telle décision du seul conseil d'administration ?..

Un exemple nous vient de Suisse qui, par une votation citoyenne approuvée à 68%, a dû modifier sa Constitution fédérale pour obliger toutes les sociétés anonymes suisses à faire voter l'ensemble des rémunérations « du conseil d'administration, de la direction et du comité consultatif » par l'assemblée générale et pour interdire les indemnités de départ, les rémunérations anticipées (dites primes d'entrée ou golden hello​) ainsi que les primes d'achat ou de vente d'entreprise pour les membres de ces organes, sous peine de trois ans de prison au plus et d'une amende pouvant atteindre « six rémunérations annuelles ». Autre exemple récent: le Parlement Israélien débat d'un projet de limitation des rémunérations des dirigeants d'entreprises bancaires à trente-cinq fois le salaire minimum. Au-delà, le salaire ne serait plus déductible des impôts. Qui dit mieux ?..

Ces deux exemples ne viennent pas de pays aux régimes marxistes-léninistes, que l'on sache. Au contraire, ils se singularisent par leur dynamisme économique et commercial. Ils ont su conserver et développer des entreprises innovantes et performantes dans des domaines variés tournés le plus souvent vers les technologies d'avenir. Contrairement à beaucoup d'entrepreneurs français qui continuent à exploiter leur rente de situation en essayant de fourguer leurs produits du XX°siècle à faible valeur ajoutée. Ils se disent "libéraux", se plaignent des charges, de l'omniprésence de l'Etat mais ils ne sont pas les derniers à l'appeler au secours en cas d'échec de leur gestion. Leur credo: Les profits sont pour le privé, les déficits pour l'Etat..

Au premier rang de ceux-ci, on trouve Mr Pierre Gattaz, fils d'Yvon qui lui a transmis en héritage la société d'électronique qu'il avait fondée. Il ne trouve rien à redire au doublement du salaire du boss de PSA qu'il considère "légitime" lui attribuant tout le mérite du redressement des comptes. Ben voyons !

Nous sommes bien là au cœur de la problématique économique française. Sauf exceptions remarquables, le patronat du CAC 40 se vit comme au temps du "Comité des forges" et de la charrette à bras. Tel une oligarchie infaillible régnant par cooptation proche de l'endogamie élitiste visant à maintenir un entre-soi lucratif ignorant de la réalité sociale et humaine. Pour eux, les salariés sont "une variable d'ajustement" interchangeables, ne tenant pas compte de leur savoir-faire et de leur capacité d'initiative. Enivrés de leur pouvoir, souvent héréditaire, ils méprisent le capital humain et recréent une nouvelle lutte des classes qu'ils veulent gagnante à tous les coups.

Comme on disait en 68: "Cours, camarade ! Le vieux monde est derrière toi !.." MB

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Auto-suffisance..

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