Mardi 31 janvier 2012
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La dissolution de Nicolas
Sarkozy
L’étrange stratégie du candidat-président n’est pas
sans rappeler
celle de Jacques Chirac lors de la dissolution de
l’Assemblée en 1997.
Etrange. Bizarre. Confus. Au lendemain de l’intervention de Nicolas Sarkozy, on se perd en
conjectures sur les intentions que poursuivait le président-candidat en convoquant six chaînes (!) au Palais de l’Elysée. Résumons brièvement ce qui ressemble, en définitive, à un festival d’une
heure et quart de contradictions tous azimuts : le chef de l’Etat pose en capitaine Courage seul à même de piloter le paquebot
France dans la tempête de la crise. Fort bien. Il annonce donc une hausse de la TVA.(applicable
en octobre 2012, cette hausse ne provoquera pas de hausse des prix ) Logique. Mais il garantit qu’elle n’aura aucune
incidence sur les prix et il assure même qu’il ne procèdera à "aucune augmentation d’impôt", comme si la TVA n’en était pas un…
Dans la foulée, Nicolas Sarkozy jure n’avoir jamais prononcé l’expression "TVA sociale", lui qui l’a fait une bonne trentaine de fois
ces cinq dernières années. De même, il dresse un tableau noir de l’état de la France, insistant sur la chute de compétitivité subie "depuis dix ans", soit depuis que la droite est au pouvoir. Et
il vante par contraste la situation économique de l’Allemagne en couvrant de louanges Gerhard Schröder… qui fut vaincu
dans les urnes outre-Rhin. Après avoir supprimé un impôt de bourse cousin, Nicolas Sarkozy confirme également l’instauration d’une taxe sur les transactions financières dans un seul pays, une
perspective qu’il jugeait "absurde" il y a encore quelques mois.
Enfin, il remet sur le tapis le chiffon rouge des 35 heures, que la droite s’est bien gardée de supprimer depuis dix ans, et entend
confier aux partenaires sociaux le soin de négocier l’allongement de la durée du temps de travail, entreprise par entreprise : en 2007, Nicolas Sarkozy l’emporta grâce au slogan "Travailler plus
pour gagner plus", cinq ans plus tard, il repart au combat avec l’étendard : "Travailler plus pour… travailler plus". Et même "travailler plus… pour payer plus" si
l’on prend en compte les probables conséquences de la hausse de la TVA sur l’inflation.
Bouger pour bouger... la noyade
assurée
Au final, ultime mais saisissante contradiction, Nicolas Sarkozy qui s’est escrimé pendant une heure, à poser en président
jusqu’au bout, annonce bel et bien sa candidature : "J’ai un rendez-vous avec les Français et je ne me déroberai pas". A disséquer autant d’oscillations, d’approximations, et de tête-à-queue, on
comprend que le doute se soit emparé de son camp à 80 jours de l’échéance élyséenne.
Etrange, l’intervention présidentielle de dimanche soir n’est pourtant pas totalement inédite. Elle en rappelle une autre qui ne fut
pas moins ubuesque : celle de Jacques Chirac le 21 avril 1997. Ce jour-là, on s’en souvient, le président de l’époque était venu annoncer aux Français une dissolution de l’Assemblée nationale
qu’il avait récusée à plusieurs reprises les mois précédents.
Convaincu qu’en demeurant immobile, il continuerait de s’enfoncer dans les sables mouvants de l’impopularité, Jacques Chirac se
résolut à bouger… pour bouger ! Et il se noya. Nul n’a jamais vraiment compris les "circonstances exceptionnelles" qui justifiaient de sa part l’exécution d’une initiative tellement
audacieuse qu’elle finit, avec la victoire de Lionel Jospin, par se retourner contre son auteur.
Volte-face stériles
Nicolas Sarkozy marche sur les traces de son aîné. Dimanche soir, il a procédé à la dissolution de son propre bilan. Pour le faire
oublier, il est venu dévoiler une batterie de réformes que tout autre dirigeant, en Allemagne ou ailleurs, aurait prise… en début de mandat. Annoncer des mesures qui ne prendront effet que s’il
est réélu achève de dessiner les contours d’un mandat qui, de bout en bout, et de secousses en convulsions, se déroula à contre-temps.
En à peine cinq ans, le quinquennat sarkozyste aura consisté à faire tout… et son contraire, et à défaire à la fin ce qui avait été
entrepris au début : bouclier fiscal consolidé puis abandonné, TVA restauration abaissée puis augmentée, réception en grandes pompes de Kadhafi puis intervention en Libye, couple franco-allemand
négligé puis encensé, relations avec la Grande-Bretagne confortées puis méprisées, police de proximité supprimée puis rétablie, etc…
Dans tous les domaines, les volte-face, que l’impact de la seule crise économique ne saurait justifier, sont tellement nombreuses
qu’elles en viennent à cerner la quintessence du sarkozyme, en campagne comme au pouvoir : parler sans cesse, bouger tout le temps, voire agir souvent, mais sans jamais se soucier ni du sens, ni
de la cohérence. Avec l’énergie pour carburant, et le bougisme pour viatique, Nicolas Sarkozy a franchi une à une les étapes de la conquête. Une fois au sommet, la même méthode a condamné son
volontarisme stérile à se fracasser sur le mur du réel.
Un second quinquennat Sarkozy ? Pour quoi faire ? Par-delà le brouillard attisé par son agitation, c’est à cette question que le
candidat Sarkozy ne parvient pas à répondre. Président sans boussole, il s’est transformé dimanche soir en candidat sans cap. Par Renaud Dély
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